Chapitre 2 sur 5
Image, forme et coiffure
Les versets « Faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance » et « Dieu créa l’homme à Son image » pourraient laisser entendre que Dieu a une forme humaine. Maïmonide, au début du Guide des égarés, s’élève contre une telle conception, répandue au Moyen Âge.
La distinction de Maïmonide
Selon lui, certains mots ne décrivent qu’une structure physique (comme to’ar, « figure », ou tavnit, « forme »), et ne conviennent donc pas à Dieu. En revanche, tsélem (« image ») et demout (« ressemblance ») sont des mots abstraits. L’arrière-plan philosophique : au Moyen Âge, on considérait couramment que toute chose a une « finalité » – une bonne horloge est celle qui donne l’heure juste, une bonne voiture est celle qui roule bien. La finalité de l’homme, dans cette optique, est la connaissance – l’intellect. Voilà l’« image » de l’homme : non sa forme physique, mais son intellect, et c’est en cela qu’il a un point commun avec Dieu.
Mais il y a, parmi les Cheva Berakhot (les sept bénédictions du mariage), une bénédiction qui semble contredire cela : « … qui a créé l’homme à Son image, à l’image de la ressemblance de Sa forme (tavnit)… » – or tavnit est un mot physique selon Maïmonide ! Le Semag rapporte au nom de Rav Saadia Gaon qu’il faut lire « et à l’image de la ressemblance de sa forme », avec un vav de liaison : Dieu a créé l’homme à Son image, puis a créé la femme selon la forme physique de l’homme. Mais Rav Saadia Gaon est le seul décisionnaire à avoir ajouté ce vav – tous les autres, y compris Maïmonide lui-même, transcrivent la bénédiction sans lui. D’autres commentateurs proposent que « sa forme » ne vise que le lien entre le corps et l’âme, et non un quelconque attribut de Dieu.
Le salon de la mariée au jardin d’Éden
La Michna (Chabbat 94b) interdit le maquillage et les soins des cheveux le chabbat : tresser les cheveux, farder les yeux au khôl et arranger la chevelure. Tous s’accordent sur l’interdiction – la controverse ne porte que sur sa gravité : les Sages l’interdisent d’ordre rabbinique, Rabbi Éliézer rend passible au titre de la Torah. La Guemara cherche à quelle catégorie de travail cela se rattache : farder les yeux – au titre de « teindre » ; tresser et arranger – au titre de « construire ». La Guemara s’étonne : est-ce là vraiment « une manière de construire » ? Elle répond par l’exégèse de Rabbi Chimon ben Menassia sur « Et l’Éternel Dieu bâtit la côte » – Dieu a tressé les cheveux d’Ève avant de l’amener à Adam, car « bâtisseuse » (bannaït) est un nom donné à celle qui tresse les cheveux.
Quel tressage compte comme « construction » ?
Il s’agit peut-être des coiffures romaines de l’époque – des structures hautes et complexes, visibles sur les statues de femmes romaines de haut rang. Selon une étude, les Romaines allaient jusqu’à coudre leurs cheveux avec du fil et une aiguille pour obtenir une structure stable. Cela explique aussi pourquoi il n’y a pas ici de problème de « construction qui n’est pas faite pour durer ».

Y a-t-il « construction » dans le corps humain ?
On discute si l’interdit de « construire » s’applique à ce qui n’est pas fixé au sol, comme les ustensiles. Mais même selon l’opinion qui reconnaît une construction dans les ustensiles, l’Avnei Nezer démontre qu’il n’y a pas de construction dans le corps humain : Maïmonide (Lois du Chabbat 10, 17) tranche que celui qui perce un abcès est passible au titre de « frapper du marteau » (l’achèvement d’un ouvrage), et non de « construire ». D’où la difficulté : comment Maïmonide a-t-il pu trancher que celle qui tresse est passible précisément au titre de construire ?
Sa réponse : une petite réparation du corps, comme l’ouverture d’un abcès, n’est pas une « construction ». Mais la création de la femme à partir de la côte – la production d’un « ustensile » complet à partir de rien – est bel et bien une construction.
Une difficulté sur cette réponse
L’Avnei Nezer suppose que la « construction » du verset est la création de la femme elle-même. Or dans Berakhot (61a), Rav et Chmouel sont en désaccord sur la nature de la « côte » : selon une opinion, c’était un « visage » (l’homme fut créé avec deux visages, mâle et femelle ensemble, et la femme fut séparée de lui). Selon l’autre opinion, c’était une « queue » (la femme fut bâtie à partir d’un morceau de chair supplémentaire). La Guemara remarque : selon l’opinion de la « queue », « Il bâtit » convient à la création elle-même. Mais selon l’opinion du « visage » – que signifie « Il bâtit » ? C’est exactement à cela que répond l’exégèse de Rabbi Chimon ben Menassia : non pas la création de la femme, mais le tressage de ses cheveux.
Il en ressort que la « construction » du verset n’est pas du tout la création de la femme, mais sa parure avant qu’elle soit amenée à Adam – autrement dit, le premier salon de la mariée a ouvert au jardin d’Éden, et Dieu Lui-même y a servi de coiffeur.