Chapitre 2 sur 4
Le fleuve d’Égypte
Le Nil ou l’oued El-Arich ?
Le fleuve le plus proche au sud du pays est le Nil, et certains ont interprété ainsi, comme le Targoum Yonathan dans la paracha Massé : « jusqu’au Nil d’Égypte ». Mais alors toute la péninsule du Sinaï ferait partie de la terre d’Israël. Cela paraît excessif, et contredit la Bible, qui présente l’Égypte comme un pays distinct, sur les rives du Nil.
Si l’on renonce à un fleuve qui coule toute l’année, on peut penser à un oued du sud du pays. De nombreux Richonim et A’haronim ont proposé l’oued El-Arich, dans le nord du Sinaï, comme Rav Saadia Gaon, cité par l’auteur du « Kaftor vaFéra’h ».
Le Radbaz, grand rabbin d’Égypte au XVIe siècle, écrivit : « Sans aucun doute, c’est une erreur connue ; la vérité évidente est que le fleuve d’Égypte est celui qu’on appelle aujourd’hui l’oued El-Arich ». Et il se moqua d’un des grands de la génération, qui habitait sur la rive est du Nil pour « vivre en terre d’Israël », mais qui demanda qu’on transporte ses os à Jérusalem : « apparemment, il était revenu sur son avis ».
En 1979, quand le gouvernement Begin s’engagea, par les accords de Camp David, à se retirer du Sinaï, la question revint. Quelques rabbins affirmèrent que le fleuve d’Égypte était le Nil, et que le Sinaï faisait donc partie du pays. Et cet avis trouve un appui inattendu.
L’étrange divorce d’Eibenschütz
Eibenschütz est la ville d’Ivančice, en Moravie, où exerçait Rabbi Nathan Neta, le père de Rabbi Yonathan Eibeschütz. Elle se trouve près du confluent de trois rivières.
Dans un acte de divorce (guet), on écrit la ville et le nom de sa rivière, pour identifier le lieu sans aucun doute. Le livre « Tiv Guittin » (p. 128) raconte qu’un guet y fut écrit, et que le scribe nota : « Eibenschütz, qui se trouve sur la rivière Eibenschütz ». Or Eibenschütz est le nom de la ville, pas celui d’une rivière ! Pourtant, « trois géants du monde » validèrent le guet après coup : le Maharal de Prague, le président du tribunal de Cracovie, et Rabbi Mordekhaï Yaffé de Poznań.
Cette permission repose sur notre paracha. La Torah écrit « le fleuve d’Égypte », alors que ce fleuve a son propre nom ; elle veut donc dire « le fleuve qui est près de l’Égypte ». De même ici : « la rivière proche d’Eibenschütz ».
Mais dans ce cas, le nom de la rivière dans le guet n’apporte plus rien ! En Allemagne, on distingue Francfort-sur-le-Main de Francfort-sur-l’Oder. Selon cette permission, on pourrait écrire « Francfort sur la rivière Francfort » : comment les distinguer ?
Quoi qu’il en soit, ces grands maîtres tenaient pour évident que le fleuve d’Égypte est le Nil. Et si l’on va jusqu’au bout, les frontières de la promesse incluent aussi la moitié du Soudan, l’Érythrée et une grande partie de l’Éthiopie. Alors pourquoi s’être donné la peine de faire venir les Juifs d’Éthiopie en Israël, au lieu de les laisser là-bas comme colons au bout de la frontière de la promesse ? Intéressant.
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