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Peut-on laver son linge en machine pendant ’Hol HaMoed ?

Étude halakhique · sept sections

1 chapitre · 7 min de lecture ·

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A. Ce qui a été interdit, et pourquoi

Il est une mitsva de laver ses vêtements avant la fête. Selon la stricte loi, il aurait été permis de laver pendant ’Hol HaMoed pour les besoins de la fête elle-même. Pourtant, les Sages l’ont interdit. La raison : ils craignaient qu’on compte sur ’Hol HaMoed, qu’on repousse la lessive, et qu’on entre sale dans la fête.

C’est exactement la raison de l’interdit de se couper les cheveux pendant ’Hol HaMoed. On est pris par les préparatifs de la fête. Si l’on sait qu’on peut se couper les cheveux pendant ’Hol HaMoed, on repoussera la coupe, et on entrera dans la fête négligé. C’est pourquoi on a institué qu’on se les coupe justement avant la fête.

Il en ressort une chose importante : l’interdit de laver n’est pas en soi un « interdit de travail ». C’est une mesure préventive. Son but est de garantir un seul résultat : qu’on entre dans la fête propre et digne.

B. La preuve : l’interdit porte sur l’effort, pas sur la lessive

La Guemara rapporte au nom de Rabbi Yo’hanan qu’il est permis de laver des vêtements de lin pendant ’Hol HaMoed. Rachi explique : pour les vêtements de lin, « la peine n’est pas grande » : ils ne demandent pas un gros effort. C’est ainsi que tranchent presque tous les décisionnaires.1

C’est là que se trouve la preuve. Si le décret interdisait l’acte même de laver, pourquoi les vêtements de lin ont-ils été permis ? On les lave aussi ! Force est de conclure que le décret n’a pas interdit la « lessive » comme notion abstraite. Il a interdit l’effort. C’est l’effort qui pousse à repousser le travail et à entrer sale dans la fête. Là où il n’y a pas d’effort, comme pour les vêtements de lin, la crainte n’existe pas. Et sans crainte, pas d’interdit.

C’est le fondement de toute la discussion : la vraie définition du décret, c’est l’effort, pas la lessive.

C. Un appui : les vêtements d’enfants, et nos vêtements aujourd’hui

Les vêtements des bébés et des jeunes enfants se salissent sans cesse. Même si on les lave avant la fête, ils se saliront de nouveau. C’est pourquoi il est permis de les laver pendant ’Hol HaMoed pour les porter pendant la fête. Ici, il n’y a pas de « travail repoussé ». Il y a un besoin qui revient de toute façon.

Maïmonide a donné exactement cette raison pour la permission des vêtements de lin : ils « ont toujours besoin d’être lavés ». Même si on les lave avant la fête, il faudra les relaver pendant la fête. Autrement dit, quand le besoin de laver revient souvent, laver à l’avance ne sert à rien, et il n’y a donc pas d’interdit.

C’est exactement notre situation aujourd’hui. Chacun change de chemise et de pantalon presque tous les jours. Nos vêtements demandent un lavage fréquent, tout comme les vêtements d’un enfant qui se salissent chaque jour. Il y a donc clairement lieu de comparer les vêtements des adultes d’aujourd’hui à ceux des petits enfants, et aux vêtements de lin selon Maïmonide.

D. Une seconde voie : un décret ne s’applique pas à ce qui n’existait pas

Jusqu’ici, nous avons montré une chose : si la machine à laver avait existé à l’époque des Sages, il est probable qu’ils ne l’auraient pas interdite. Toute la raison du décret est l’effort, et ici il n’y a pas d’effort.

Et voici un autre argument, d’un autre ordre, formel. Un décret ne s’applique qu’à ce que ses auteurs avaient sous les yeux au moment où ils l’ont édicté. On ne peut pas appliquer un décret existant à un appareil qui n’existait pas quand on l’a décrété.

Un exemple de cette règle : les ustensiles en verre doivent être immergés (tevilat kelim). La raison : ils ressemblent aux ustensiles en métal, que l’on peut, s’ils se cassent, refondre pour refaire l’ustensile. Pourtant, de nombreux A’haronim ont écrit que les ustensiles en plastique sont dispensés d’immersion, bien qu’ils ressemblent par nature aux ustensiles en verre. Ils n’ont pas examiné la ressemblance ni comparé les raisonnements. Leur raison est purement formelle : le plastique n’existait pas à l’époque des Sages, et le décret n’a pas été dit à son sujet.

La même règle s’applique ici. Le décret des Sages sur la lessive a été dit sur la « lessive » telle qu’elle était à leur époque : frotter à la main, avec effort et travail. La machine à laver est un appareil qui n’existait pas dans cette réalité. Par la structure même du décret, elle n’entre donc pas dans ce qui a été interdit, sans même entrer dans la question de ce qu’auraient décidé les Sages s’ils l’avaient connue.

Il y a donc ici deux voies de preuve indépendantes :

  1. La voie de fond (sections B–C) : la machine ne comporte pas ce que le décret voulait empêcher.

  2. La voie formelle (cette section) : le décret ne s’est jamais appliqué à cet appareil.

Chacune, à elle seule, suffit à faire sortir la machine à laver du décret.

E. L’épreuve de la réalité

On peut aussi vérifier les choses à partir du résultat. Supposons un instant qu’il n’y ait aucune controverse, et que tous les décisionnaires permettent de laver pendant ’Hol HaMoed sans aucune réserve. Verrait-on des gens arriver à la synagogue la veille de la fête sales, avec des taches sur leurs vêtements ? Évidemment pas.

Autrement dit : le but que le décret voulait garantir, que l’on n’entre pas sale dans la fête, est atteint aujourd’hui de toute façon, même sans l’interdit. Cela confirme encore que le décret a épuisé son rôle. Dans la réalité d’aujourd’hui, il n’a plus de raison d’être.

F. Une considération supplémentaire : la paix du foyer

Au-delà de l’analyse halakhique, il convient d’ajouter une considération pratique et morale. Une indulgence en matière de lessive, là où elle a un fondement halakhique comme on l’a expliqué, favorise la paix du foyer (chalom bayit) et allège le fardeau de la femme.

G. Conclusion pratique

Quatre fondements se rejoignent ici. Deux sont indépendants, et chacun suffit à lui seul. Deux autres les renforcent :

  1. La raison d’origine est l’effort, pas la lessive. C’est ce que prouve la permission des vêtements de lin. Nos vêtements demandent aujourd’hui un lavage fréquent, tout comme les vêtements de lin et ceux des petits enfants selon Maïmonide.

  2. La voie formelle. Même si l’on ne peut savoir comment les Sages auraient jugé s’ils avaient connu la machine, leur décret n’a été dit que sur la lessive telle qu’elle était à leur époque. La machine à laver, appareil qui n’existait pas du tout, n’entre pas dans le décret dès l’origine.

  3. L’épreuve de la réalité. Le but que le décret voulait atteindre est atteint aujourd’hui de toute façon, même sans l’interdit.

  4. La paix du foyer. Un appui moral et pratique à l’indulgence.

De tout cela, il semble que le décret d’origine ne s’applique pas du tout à la réalité d’aujourd’hui.

Sources

  • L’interdit de laver le linge et de se couper les cheveux pendant ’Hol HaMoed, et sa raison : Moed Katan 14a ; Choul’han Aroukh, Ora’h ’Haïm 534, 1.

  • La permission des vêtements de lin : Moed Katan 18a, au nom de Rabbi Yo’hanan ; Rachi, ibid. 18b, s.v. Dela neficha tir’ha.

  • Les vêtements de lin « ont toujours besoin d’être lavés » : Maïmonide, Lois du jour de fête 7, 21.

  • Les ustensiles en plastique dispensés d’immersion parce qu’ils n’existaient pas à l’époque des Sages : de nombreux A’haronim.

Notes

  1. 1.Certains disent qu’Abayé et Rava sont en désaccord avec Rabbi Yo’hanan.